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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 18:12

Ce n'est pas dans les Pyrénées. Mais il y a deux ans, le 5 octobre 2011 je descendais seul le Gardon en canoë. Une rando insolite pour aborder, de façon privilégié le magnifique Pont du Gard, classé au patrimoine mondial de l'Humanité par l'Unesco.

Le bonheur est de se sentir, un matin, un aventurier. Une pagaie en main, habillé juste d'un maillot, de vieilles tennis et d'un gilet de sauvetage, on entre dans les eaux vertes du Gardon, comme dans un autre univers.

Un dernier regard derrière soi pour contempler les plages de galets de Collias, petit village de moins de 1000 habitants devenu la Mecque du canoë sur le Gardon. La grande arche de son pont routier semble donner le départ, sous le regard des badauds. La rivière peu profonde à cet endroit-là permet de prendre tranquillement son rythme pour pagayer.

Après avoir fait un coude à droite, au bout de dix minutes, le Gardon laisse découvrir, rive gauche, un petit site de falaise d'escalade où des enfants s’essayent à la grimpe. Entre l'eau et la roche, chacun fait sa rencontre avec les éléments. Ils ne manquent pas de me saluer. On comprend vite qu'on peut être un acteur de la rivière quand on la chevauche. La rive droite est un florilège de bouquets de roseaux, de bouleaux et de chênes, d'où s'échappent des hérons et des aigrettes.

Mais voilà déjà un premier barrage de rochers. Le jeu démarre. Il s'agit de dénicher le meilleur itinéraire, celui qui offrira le plus de courant dans les rapides qui se présentent à main gauche. On se retrouve propulsé dans une crique, abritée par une petite falaise trouée de cavités. Puis on entre dans le pays des grandes falaises calcaires à droite.

Le paysage commence à devenir grandiose. Le silence du matin apporte un goût de solitude pour tout trappeur emporté sur le Gardon, au milieu des canards, des truites et des gardons (la rivière porte bien son nom) qui sautent de temps à autre. Emporté est parfois un bien grand mot quand le courant se dilue et que le vent se lève. Le Gardon prend son temps. Alors il faut batailler rude avec sa pagaie pour avancer. Les berges de galets succèdent aux îlots et aux dalles de calcaires. Puis les rapides resurgissent un peu plus loin. Le fond du canoë racle un peu le lit. On pousse comme un Vénitien sur sa gondole. On laisse à droite l'orangeraie et la vieille tour du château Saint-Privat, puis un sentier à flanc de falaise avec main courante.

Après un grand virage à gauche, on s'aperçoit qu'une muraille de pierres pointe, puis barre sur 275 mètres l'horizon : le Pont du Gard ! Il est des monuments dont on ne se lasse jamais. Sa trajectoire depuis 2000 ans bouleverse toujours le paysage. Bien éclairé par le soleil, de ce côté-ci, il enjambe le Gardon du haut de ses 47 mètres sur trois étages de 52 arches. Construit pour acheminer l'eau d'une source près d'Uzès, sur une distance de 50 kilomètres, il est le principal vestige de l'aqueduc de Nîmes. Inscrit par Mérimée en 1840 à l'inventaire des Monuments historiques, il a été classé au patrimoine mondial de l'Humanité par l'Unesco en 1985.

Son franchissement est sublime. Et vaut bien la traversée d'un col de haute montagne quand le vent souffle. Là, le Gardon qui n'offrait qu'un mètre de profondeur a bien creusé son sillon. Et on se souvient, enfant, des fous et des téméraires qui plongeaient du premier étage voire du second. On pouvait alors faire la traversée de la partie supérieure, le dos voûté dans la canalisation. C'est aujourd'hui fermé. Après la foule, la rivière reprend sa sauvagerie. Elle laisse toute la place aux solitaires : aux aigles de Bonelli, faucons pèlerins, castors et pêcheurs. On hume cette sensation de liberté et les derniers instants de partage avec la rivière. A l’arrivée, les moniteurs vous récupèrent déjà et vous allèchent en parlant d’un parcours encore sauvage et à la demi-journée. Il s’agit de gorges plus secrètes, depuis le Pont Saint-Nicolas du XIIe siècle en passant par la Baume, village fantôme. Ce sera pour une autre fois.

Patrice Teisseire-Dufour

Itinéraire

Collias-Remoulins 2 h : pas trop possibilité de se perdre. Il faut juste bien savoir jauger et enquiller les bons passages de trois rapides (0 h 20, 0 h 45 et 0 h 55). Si on fait peu de pauses, on atteint le Pont du Gard au bout de 1 h 30. Arrivée à gauche aux panneaux le Tourbillon et Kayak Vert, au niveau d'un ponton en ciment.

Infos pratiques

Accès : Depuis l'A 9 sortie Remoulins, prendre la direction de Remoulins/Uzès. Sur la D 981, direction Uzès, prendre à gauche vers Collias. Aller jusque dans le centre du village. Se garer sur la place du Marché juste avant le pont sur le Gardon.

Matériel : Location à Kayak Vert, canoës 2, 3 ou 4 places et kayaks 1 à 2 places avec gilets de sauvetages et containers étanches. Combinaisons néoprènes possibles pour ceux qui aiment les descentes sportives au printemps. Conditions : savoir nager et avoir au moins six ans. Membre du groupement "Rivières de France", une chaîne de location de canoë-kayak répartie dans le Grand Sud de la France, Kayak vert est installé à Collias depuis 1978. Possibilité d'être accompagné par des moniteurs diplômés d'Etat. Prix : 22 €. Réservation au 04 66 22 80 76. Ouvert de mars à octobre.

Le Pont du gard en canoë
Le Pont du gard en canoë
Le Pont du gard en canoë
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