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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 11:44
Hommage au poète et écrivain catalan André Vinas

C’est un homme de lettres du pays catalan qui part et donc, comme on devrait dire, c’est une bibliothèque qui brûle. L’écrivain et poète André Vinas est mort, à l’âge de 92 ans, mercredi 8 mars 2017, à Argelès-sur-Mer.

Né à Alès, dans le Gard, en 1925, il est arrivé dans le Roussillon, en 1945, à l’âge de 20 ans. Il y passera 72 ans ! On l’a souvent qualifié de Cévenol. On est de là où on vit, notamment quand, comme André, on est aussi impliqué dans la vie de son pays.

André Vinas est devenu Catalan, pour l’amour d’une Catalane, Annie Fouga, pour la défense des paysages des Pyrénées-Orientales et pour la connaissance des écrivains et poètes de ce pays qu’il ne cessera de mettre en valeur : Pierre Camo, Paul Pugnaud, Jordi-Pere Cerda…

La première fois que j’ai rencontré André Vinas, c’était en 1996 pour me présenter son roman qu’il venait d’écrire avec sa femme : Le Crépuscule d’Avila aux éditions du Trabucaire. Ouvert, percutant, subtil et érudit, André Vinas suscitait la sympathie et l’admiration. Son côté ancien professeur de lettres classiques ou correcteur à L’Indépendant, du temps où le chanteur Jordi barre était chef d’atelier surgissait toujours. Pendant des années, entre 1997 et 2000, ce grand lecteur s’indignait des fautes d’orthographes qui surgissaient régulièrement de nos articles à La Semaine du Roussillon que nous réalisions, sans correcteur, et avec des bouclages tardifs, jusqu’à 3 h du matin, dans la nuit du mardi au mercredi, ce qui n’arrangeait pas la chose.

L’amoureux des mots, n’écrivait-il pas dans son Solstices :

Ainsi naît la terre des hommes,

Cultivée de mots familiers,

Et notre terreur ressurgit

Dès que l’innommée impose silence”(…)

Les mots sont les seuls repères

Pour naviguer dans ces récifs”.

Grâce à lui, nous découvrions énormément de sujets et d’auteurs différents. Tout d’abord, il faut citer l’écrivain Armand Lanoux, témoin d’Isis, sujet de sa thèse qui allait le faire devenir docteur ès lettres. Thèse éditée par Hachette en 1981, puis par Grasset en 1985. Armand Lanoux, secrétaire de l’Académie Goncourt, est l’auteur du Berger des Abeilles, édité chez Grasset. Un bel ouvrage qui narre l’histoire d’un groupe de résistants du Conflent, dirigé par Puig, inspirée de la vie de l’instituteur René Horte.

Poète d’abord, André Vinas publie six recueils, dès 1946, notamment Plages du temps chez Subervie en 1982 et enfin Égrenages en 2007 aux Publications de l’Olivier. Ami de du poète Jacques Gasc, il collabore à la revue de poésie des Écrivains méditerranéens Souffles où il mettra en valeur cinq poètes de Catalogne-Nord. Conférencier et auteur de nombreux articles dans des revues comme Massana, Reflets du Roussillon et Conflent, il met en valeur des artistes comme André Vick Mengus et des beaux sites, parfois oubliés.

Marin, amoureux de la mer autant que de la montagne pour laquelle il a été partie prenante pour la renaissance des feux de la Saint-Jean dans les années cinquante, il crée en 1997  avec Paul Goudin, photographe perpignanais et éditeur de cartes postales, le festival de montagne à Font-Romeu qui va durer trois ans. Puis il lance alors, en l’an 2000, le festival de la Mer à Argelès-sur-Mer qui perdure depuis 16 ans déjà. Il écrivait dans Plages du temps :

Ma mer respire au fond de l’ombre,

Si calme que je sens ton cœur

Battre au rythme de sa quiétude”.

Habitant à Taxo d’Avall, quartier d’Argelès-sur-Mer, il aimait se promener au milieu des sagnes, des agulls, des étangs. Il est l’auteur, en 1994, d’une pure merveille de style : À la recherche d’Étangs perdus, illustré par des photos de Didier Leclerc. Les paysages, il les connaît de son œil sûr de cartographe et de dessinateur et grâce à ses pieds de randonneur. Sur le même thème, il préface et illustre le roman de Pierre Bosc Malaïgue ou l’étang de feu, aux Publications de l’Olivier, plongeant le lecteur dans la vie des pêcheurs d’étang à l’époque charnière de l’aménagement du littoral. Particulièrement préoccupé par la défense de l’environnement et du patrimoine, il est récompensé en 2004 par le trophée environnemental CHENE pour son essai Paysage vivant in “Aspects du Roussillon” bulletin n°109 de la SASL des Pyrénées-Orientales. Même s’il est souvent peu entendu par les hommes politiques, ce sage, ce précurseur, qui ne cherche pas la gloire et le profit, dénonce alors la saturation de la côte, la désertification de la montagne, territoire de résidences secondaires et de friches, le réchauffement de la planète et la montée des eaux, citant avec humour qu’un jour, ce sera Argelès-sous-Mer. “Quels paysages pour demain ? Ils seront tributaires de notre volonté créatrice ou destructrice, ou de notre apathie. Ils vivent avec nous et disparaissent avec nous et notre responsabilité par rapport à leur devenir est totale. Nous les portons dans chacun de nos pensées et de nos actions, comme nous les portons en nous, en même temps que la pulsion de vie, la pulsion de mort, la possibilité de la guerre ou l’espoir de la paix”.

De 1997 à 2004, André Vinas assure les traductions en catalan des poèmes de Jordi-Pere Cerda : Paraula fonda, en 1997, Suite Cerdagne, en 2000, Cimetière de Port-Louis… et un miroir brisé de Jep Gouzy en 2000 aux Publications de l’Olivier, et En chantant autobiographie de Teresa Rebull en 2004, éditions Balzac.

Puis il est affecté par la mort de son épouse Annie, de ses amis Henri Sagols, président de Rivages des Arts en 2007 jusqu’à dernièrement, en octobre 2016, du poète et ami Pere Verdaguer qui avait écrit sa biographie, en 2002, aux Publications de l’Olivier, dans la collection des Classiques roussillonnais, et qui avait réalisé l’étude et la traduction de son anthologie poétique Égrenages, parue aux Publications de l’Olivier en 2007.

André Vinas écrivait alors dans Mots de Passe :

Ceux qui sont partis avant nous

Ne nous attendront pas longtemps

Car le temps leur est mesuré.

Ils nous font signe ;

Il faut les rejoindre”.

 

Les complications de la vie et la distance géographique m’ont éloigné ces dernières années d’André. Mais il reste un homme avec lequel je partage toujours cet amour de la montagne et de la mer, des Pyrénées-Orientales, des paysages que nous portons, de la poésie moderne et bien sûr des mots.

D’André, il me reste ses articles dans mon énorme collection de la revue Conflent, ses ouvrages à lire et relire. Et puis dans ma mémoire toujours cette bouille ronde, animée par le collier d’une barbe blanche et des lunettes et dont les mots faisaient mouche à chaque coup pour élever le débat, rendre pertinent et intelligent tel sujet.

J’espère que j’étais assez précis, André ?

J’espère qu’on se souviendra de toi, André !

Hommage au poète et écrivain catalan André Vinas
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