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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 22:16

J’ai rencontré Gao Xingjian, le prix Nobel de littérature français, à Toulouse, le 25 janvier 2008. Il venait de parrainer le concours « écrire sans frontières » à l’institut Platon. Nous nous sommes entretenus vingt minutes juste avant qu’il ne rentre sur Paris. Mon magazine « Pyrénées magazine » voulait savoir s’il connaissait l’histoire des cathares et s’il s’y était penché. Ce qui ne fut pas le cas. Je ne rédigeai donc pas d’article à son sujet, mais gardai, comme une oeuvre inaboutie, mes notes dans un tiroir, puis dans son livre « la Montagne de l’Ame » que la gardienne du refuge de Mariailles, Marie-Josée Ordronneau, allait m’offrir, par un curieux hasard et sans avoir rien demandé, quelques mois après.

Pour qui écrivez-vous ?

Quand on écrit, on est solitaire. Je fais cela sans penser aux lecteurs. Je veux dire : pas pour plaire aux gens, mais pour en avoir besoin pour soi-même. Ecrire n’est pas un métier. Le don de l’écriture, c’est se révéler. L’auteur a besoin de s’exprimer. Je n’ai commencé à publier qu’à l’âge de 38 ans, après la mort de Mao et avoir quitté la Chine, en 1979. Car en Chine très vite, j’ai été censuré. J’ai connu le camp de rééducation pendant six ans. C’était dangereux de montrer mes écrits aux gens.

En France, aller à la rencontre du lecteur devient un acte social. C’est intéressant de connaître la réaction du public au sujet de son roman : c’est très varié. J’ai toujours un public chaleureux. Cela me confirme que ce travail solitaire atteint les lecteurs. Cela montre que ce genre de littérature froide qui n’attend pas d’échos a de l’importance. Cela vaut à l’universel.

Connaissez-vous l’histoire des Cathares, ces hommes qui avaient choisi de croire en Jésus-Christ d’une autre manière que celle de l’église catholique aux XIIe et XIIIe siècles ?

Non, je ne connais pas leur histoire. Je ne suis pas croyant. J’ai un sentiment plutôt religieux. Les religions ne sont pas une oppression, sauf si elles prennent le pouvoir. A notre époque, nous avons subi la pression de la politique. Les temples m’apportent sérénité, trésor des sens et esthétisme.

Recevoir le prix Nobel, quel poids est-ce que cela a-t-il eu sur vous ?

Grâce à mon destin, je suis heureux d’avoir plusieurs vies. Ma vie en France a été bouleversée après la réception du prix Nobel en 2000. Maintenant, j’habite Paris. Je reviens rarement dans mon appartement de Bagnolet. J’ai trop d’obligations. Ce prix ne pourrait être qu’une décoration. Mon propre travail, c’est la création artistique et littéraire.

Est-ce que la marche a une valeur de réflexion et de mûrissement de la phrase comme pour Jean Giono et Julien Gracq ?

C’est vrai, la marche stimule ma réflexion. Même si ma santé ne me permet pas trop de voyages, aujourd’hui, aller dans les montagnes, quel bonheur ! Tout seul devant la nature, c’était bien. J’ai parcouru les montagnes du Tibet. Je suis entré dans des régions forestières. J’ai toujours envie de repartir en promenade. Cela me rappelle l’époque où j’ai écrit « la Montagne de l’âme ». C’est le livre d’un homme seul. J’hésité un grand nombre de fois à l’écrire. Faut-il évoquer les souvenirs de ces cauchemars-là ? Ce fut un livre nécessaire pour moi et les Chinois sur cette période de la Chine pour dépeindre les conditions existentielles des gens et la politique de la terre. Il faut être très lucide en face de cela. C’est comme montrer comment le nazisme a progressé pour gagner tout le peuple. Mon livre décrit comment il a contaminé toute la population chinoise. Beaucoup de gens étaient rééduqués afin de devenir des hommes nouveaux.

Car la paix et la liberté sont les deux grands thèmes qui vous font avancer ?

Sans pouvoir, on ne peut pas faire la guerre ou l’arrêter. Je ne crois pas que la plume d’un écrivain puisse faire changer la guerre. Je cherche des livres pour savoir comment des gens sont entraînés dans la terreur. Un écrivain doit dévoiler ce mécanisme.

C’est ce qui vous fait le plus peur ?

Le plus grand danger du XXIe siècle est le changement atmosphérique pour notre condition de vie. Si la planète continue de se réchauffer comme ça, ce sera catastrophique pour les êtres humains. En été, il y a des villes en Chine où la température atteint 45°C et où personne n’a trouvé et proposé d’alternatives. C’est le thème de ma récente exposition picturale en Allemagne : « la fin du monde ». On consomme toujours plus. On veut toujours plus de profit. Nous allons droit vers la perte de nos ressources naturelles. La première alternative est que tout le monde roule à bicyclette. Il faut penser : est-ce que la voiture est toujours nécessaire pour se déplacer ? Et il faut réorganiser les cités en fonction des transports en commun.

Propos recueillis par Patrice Teisseire-Dufour

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