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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 14:22

Autre passage mythique dans les Pyrénées : le couloir de Tuquerouye qui mène à la Brèche du même nom, porte ouverte et voie directe sur le Mont Perdu, le troisième plus haut sommet des Pyrénées (3355 m derrière l'Aneto et le Posets) et surtout plus haute montagne calcaire d'Europe. 

Lieu de naissance du pyrénéisme, Tuquerouye, coincé dans une brèche entre les Hautes-Pyrénées et l’Aragon, est aussi le plus vieux et le plus haut refuge des Pyrénées (23 septembre 1889, 2666 m)Tuquerouye, le “piton rouge”, gardien au pied du couloir du même nom, est un endroit qui se mérite, entaille centrale au fond du cirque d'Estaubé. 


 Brèche-TuquerouyeLoin de tout, surtout des hommes. Plus près des vautours et des derniers isards… Dans une traversée de blocs et de pierres rouges, à la recherche de cairns, nous découvrons quelques fossiles. Puis nous voilà au pied du problème : un couloir de deux cent trente mètres déroule sa forte inclinaison.


Le regard remonte entre les montagnes de Tuquerouye et de Pinède pour jauger le névé dont la langue de glace pend sur cent cinquante mètres. Le reste est tout aussi sympathique : du sable et des éboulis instables. Bien appuyée sur les bâtons, notre énergie se déploie pour traverser le névé et gravir en virages serrés les rochers humides. Au milieu du couloir, le pied fait du surf en redescendant sur trois ou quatre mètres. Les pierres détalent dans le vide. Leur écho résonne lugubrement. Il faut ensuite mettre les mains pour escalader un rocher qui bloque le passage.


À partir de là, nous savons que nous ne ferons plus demi-tour, mais que nous devons redoubler de prudence car la neige a tapissé la trace du parcours. Tout devient incertain. Des perles de sueur commencent à envahir nos visages.

Si près du but, on ne peut s’arrêter, en pensant à Ramond de Carbonnières en difficulté ici même en 1797, à Russell, aux ouvriers qui sont venus restaurer le refuge en 1999 ou, mieux, au guide François Bernat-Salles, qui a monté sur son dos, depuis Gavarnie, la statue de la Vierge de soixante-quinze kilos jusqu'au-dessus du refuge. Nous levons la tête. Et nous l'apercevons justement. Sorte de signal qui désigne le bout du tunnel, invisible encore. C’est elle, la Vierge de Tuquerouye, qui montre la voie comme à des marins perdus dans le doute et l’effroi.


Alors, nous avalons les derniers mètres bien pentus. Un souffle d’air se fait sentir. Le passage est là. La double voûte surgit, celle de son agrandissement en 1927. Nous prenons pied sur la courte plate-forme, saluons à droite la plaque en hommage à Louis Robach, qui a gravi le mont Perdu quarante-trois fois ! Il avait du temps à consacrer à une montagne pas si perdue que ça, à la longue, ce passionné !

Côté lac Glacé, une rambarde en bois sert de balcon. La porte, en deux parties, finit par s’ouvrir. Et là, agréable surprise : le refuge est bien proportionné, assez propre et équipé. Il offre une salle à manger pour seize personnes et une chambre à coucher de douze places avec sommiers et couvertures. S’il n’y a pas de gardien, le randonneur peut toujours compter sur un poêle, une radio de secours, des fils à linge, quelques provisions, une scie, une pelle, mais il ne devra pas oublier de verser une obole de six euros consacrés au financement du bois de chauffage et aux travaux d’entretien par le CAF de Lourdes-Cauterets. Les derniers montagnards partis, nous sommes seuls au monde.

Il faut déjà plonger dans la redescente, en faisant de la vigilance notre complice. En bas, la borne de Tuquerouye a l’air d’un jouet. Le silence écrase tout, même le temps. Nous, les hommes, semblons fragiles et fugaces. 

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baladesenpyrenees - dans Pyrénéisme
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