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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 12:24

Inscrite au patrimoine mondiale de l’Humanité depuis 1998, la Cité déroule trois kilomètres de remparts hérissés de 52 tours qui protègent notamment une basilique et un château comtal. Allez à sa rencontre d’une nouvelle façon afin de faire parler ses pierres cachées ou oubliées.

 

CarcaTwitLa Cité, tout le monde connaît ou presque. Ses 52 tours, sa double enceinte, son château comtal, son embrasement de 30 minutes chaque 14 juillet, son festival au grand théâtre depuis 50 ans, ses estivales d’orgue depuis 20 ans … Depuis près de 2000 ans qu’elle existe (elle serait née entre 270 et 280 après Jésus-Christ), la Cité a rassemblé quand même de nombreux secrets. Ce décor comme irréel qui saute aux yeux de tous les visiteurs qui passe le pont Neuf ou le Pont Vieux à Carcassonne est à apprivoiser, non par la traditionnelle porte Narbonnaise, mais par la porte d’Aude, au pied du château comtal, au parking de l’église Saint-Gimer, construite en 1850 sur les restes de l’ancienne barbacane d’Aude. Voici un bon point de départ pour une visite non officielle coup de cœur. Les meilleurs moments sont le matin ou lors du coucher de soleil.

 

Etape 1. La tour du four Saint-Nazaire. 

Après avoir passé la porte du Mur (la prison de l’inquisition qui se trouvait dans le quartier de la Barbacane), on aperçoit une petite pore en bois  à gauche dans l’enceinte : la foun celado était la source de la Cité au Moyen âge. Après avoir observé les différents changements de pierres et donc d’époque, on grimpe jusqu’à la poterne. On tourne à droite rue du four Saint-Nazaire. Le mur est un des plus vieux du site. Derrière le restaurant la Barbacane, une petite porte s’ouvre sur la première enceinte. L’espace entre les deux murs fait culture des fragments de poteries. La tour du four Saint-Nazaire, une tour wisigothe fait face à une tour à bossage. Elle relevait de la garde de la famille de Cabaret (les fameux châteaux de Lastours à 20 km au nord) jusqu’en 1209. Plusieurs familles locales importantes du comté avaient obligation de tour de garde. En 1229, elles sont remplacées par les sénéchaux royaux. L’inquisiteur habitait en face. C’est aujourd’hui la maison du Bien-être. 


Etape 2. Les graffitis de la tour de l’Evêque ou de l’Inquisition. "On a l’image d’une femme avec les mains attachées dans le dos et quelqu’un qui la frappe. Les tours de Carcassonne sont remplies de prisonniers au temps de l’inquisition, commentent les guides-conférenciers. On ne torture pas les femmes hérétiques. On les brûle vives ou on les oublie". Dans cette tour ronde où la pierre se délite ou le guano des pigeons s’amoncelle, en descendant d’un étage, on découvre les oubliettes. Des graffitis sont encore visibles comme un Christ en croix. Au-dessus, un arbre pousse dans le mur. D’une fenêtre, on perçoit sur la gauche quartier Barbacane le dernier pan de la prison du Mur qui servit de 1287 à 1414. A la mort du dernier Dominicain, on vendit les parcelles en 1703. Lors de la visite guidée normale, on passe par cette tour. Mais auparavant en sortant du château comtal, on passe par la tour de Justice. A la fin du XIIIe siècle, celle-ci rassemblait les archives de l’inquisition pendues dans des sacs de cuir pour éviter d’être mangées par les rats. Seul pouvait y accéder l’inquisiteur par le passage couvert.

 

Etape 3 : Le clocher de la basilique Saint-Nazaire et Saint-Celse. Laissez-vous transpercer par ses vitraux, notamment celui de l’Arbre de Jessée et l’Arbre de Vie. Ce dernier de 1315 est le thème fourni par le contenu d’une oeuvre de saint Bonaventure, le bois imprégnée du sang du Christ devient le bois de vie. L’ancienne cathédrale qui mélange style gothique et roman (elle a été béni en 1096) doit son développement grâce à l’évêque Radulphe en 1259. Dommage que sa chapelle funéraire de 1263 (1er architecture gothique) qui jouxte le monument et la crypte pré-romane du IXe siècle soient fermées au public. Cette fois, direction le clocher de la basilique. En montant, par un regard, on découvre la sculpture d’un animal sur la rosace Nord. Arrivé sur le faîte du toit, on goûte à un panorama sans égal. Il suffit de traverser l’arête pour parvenir au clocher crénelé sous l’impulsion de Viollet-le-Duc. La 53e tour de la Cité était en 1462, arrondie. De l’autre côté, c’est la vue sur le jardin de l’hôtel de la Cité, sa piscine. Le Grand théâtre, avant la révolution, contenait le palais épiscopal détruit en 1793. Au-dessus de nous, les têtes des bourgeois attendent la poursuite de la restauration "réalisée avec des outils de dentiste", souligne J.-L. Gasc. Entre ciel et gargouilles, faire le tour des clochetons de Saint-Nazaire, c’est alors découvrir les jardins, les tours cachées et tutoyer les martinets.

 

Etape 4 : La mosaïque du château. Dans le château comtal, on entre par la cour du Midi, file devant la tour Pinte où chaque année, quelqu’un vient déposer un bouquet de fleurs en souvenir de la mort, le 10 novembre1209, de Raymond-Roger Trencavel qui est fait prisonnier par Simon de Montfort le 15 août 1209 alors qu’il vient parlementer avec les Français qui assiègent la Cité depuis le 28 juillet dans leur croisade contre les cathares. Sous la tour du Degré, dans la cour d’honneur où se tenait naguère un orme (symbole de l’esprit de tolérance), on descend au chevet de la chapelle Sainte-Marie qui s’élevait à côté du palais du XIIe siècle. Là se trouve, avec ses entrelacs, ses triangles et ses palmettes, la mosaïque romaine de la colonie de Julia Carcaso du Ier siècle avant Jésus-Christ découverte en 1926 et aménagée en 1974. En 1923, on a découvert également dans le coin trois dépôts monétaires cachés lorsque la Cité est tombée au mains des Français. Le logis des Trencavel a été aménagé en musée lapidaire en 1961. A découvrir la fresque du combat de chevalerie de la fin du XIIe siècle, découverte par hasard sous un badigeon de chaux en 1926. 

 

Image 5 - Passages souterrains, place Cros-Mayrevieille. En sortant par le pont du château, à droite, les fossés cachent un souterrain, utilisé pendant la dernière guerre par les Nazis qui rangeaient des véhicules. Un autre passage existe au pied de la tour carrée de l’Evêque, un autre vers à l’Aude. Place du château, autour du buste en hommage à l’historien Jean-Pierre Cros-Mayrevieille (qui mobilisa en 1850 pour la sauvegarde du site avant l’arrivée de Mérimée, Viollet-le-Duc et Boeswilwald) une discrète maquette de la Cité révèle tous ses passages. Un autre existait entre la fenêtre gothique de la tour Saint-Sernin et le cimetière. Saint-Sernin est le seul reste de l’église rasée à la Révolution. Ces soubassements sont représentés par une superbe salle souterraine de 12 m2 avec une voûte en berceau. Pour aller constater sur place, descendez par la place Marcou. Faites un détour au début de la rue du Plô se trouve l’école occitane la Calandreta (prononcez calandreto). Puis rejoignez la rue Cros-Mayrevieille, passez sous les tours narbonnaises construites entre 1280 et 1287. Levez la tête pour apercevoir la reproduction de la Vierge à l’enfant du XIVe siècle. Puis parvenez à droite dans les lices. 

 

Etape 6 - La tour de la Vade. C’est la grande tour qui se dresse dans les lices hautes. Ici séjournaient les morte-paye, les soldats français qui pour s’entraîner “ tiraient au papagaye ” à l’arbalète sur la girouette. Ils étaient encore 110 au XVIIIe siècle alors que la place forte ne possédait plus de position stratégique face à l’Espagne depuis le traité des Pyrénées et le recul de la frontière en 1659. La ville comptait alors 2000 habitants contre moins d’une centaine aujourd’hui. La clé de voûte de la tour est une Vierge à l’Enfant. Le faubourg Saint-Michel lui faisait face sur la petite colline.

 

Etape 7 - Les fontaines de la Cité. Après la foun Celado de la porte d’Aude, la foun grande était la 2e source, chemin des Anglais. Elle était le lieu de rendez-vous des amoureux, à droite du portail du domaine. La Cité possède aussi deux puits.

 

Etape 8 - Les anciens remparts. Derrière la palissade au pied de la tour du Trésau (qui signifie trésor), tour originale par son toit à la flamande, l’arase du mur gallo-romaine est conservé derrière le rempart de Philippe III le Hardi. “Toute une ville de tours, de murailles, de mâchicoulis et de créneaux, dessinée en deux enceintes, couronnée de grise ardoise, bouclée au plus juste, sans une lézarde, sans un pli, ponts-levis et herses au rendez-vous, courtines poissées ou brunies, du soleil là-dessus la plupart du temps, les lices pleines d’herbes où nous jouâmes enfants, une ligne qui s’accorde à la ligne même des Corbières, voilà la Cité ”. Comme Joseph Delteil dans “ la Belle Aude ”, on aime rester à son écoute. 

 

Etape 9 -Porte de Rodez le rempart gallo-romain

Alors on se laisse perdre rue Notre-Dame pour descendre par la porte de Rodez. A gauche dans les lices basses, cette partie de la muraille est la plus ancienne de la Cité. C’était la préférée de l’historien Joseph Dovetto. On pourrait sortir par la poterne Notre-Dame vers la rue Trivalle puis longer la Cité sur la gauche par l’extérieur jusqu'à l’échauguette et descendre à Saint-Gimer le, long de la Barbacane Ou sinon on revient par la porte d’Aude pour boucler la boucle. Cette Cité, toujours reconstruite, rêvée obstinément par quelques irréductibles, poètes, érudits. La Cité aujourd’hui est inscrite dans l’Opération Grand Site, afin de l’adapter à la diversité des publics avec de meilleurs accueils et des parkings moins proches dans et près du monument, d’aménager un nouveau circuit de visite et de créer un centre d’interprétation moderne. C’est vrai que le monument a besoin d’un lifting quand on voit la porte d’Aude manquante de pavés, l’herbe haute, des détritus dans des meurtrières ou des graffitis. “Mais les songes peuvent être assez forts pour faire tenir les pierres debout”, dit un documentaire des Monuments Nationaux. Aujourd’hui les songes sont entretenus par les guides conférenciers comme Jean-Louis Gasc, Sébastien Durand et Fabienne Calvayrac. 

Patrice Teisseire-Dufour 

 

A savoir

Derrière la Cité : Construite au XIIIe siècle, la Bastide Saint-Louis ou ville basse est la vraie ville de Carcassonne. Chaque samedi, la place Carnot, ancienne place aux herbes connaît un marché très animé. On peut rejoindre la ville basse par le Pont-Vieux puis par le portail des Jacobins et sa rue piétonne. La Cité compte de nombreux musées plus ou moins intéressants. Le seul qu’il ne faut pas rater est le musée lapidaire au cœur du château comtal. 

Pour les visites guidées, tél : 04 68 11 70 72 ou 77. 

Office du tourisme : tél : 04 68 10 24 30 

Maison du tourisme vert, 78 ter rue Barbacane, tél : 04 68 11 40 70. Elle propose aussi le chemin peiras e vinhas au départ de Saint-Gimer.

Les sites Internet : www.carcassonne.culture.fr ou www.cathares.org


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